Paris, le 4 février 2006
A Iasi, au jour le jour
Responsable des relations presse pour Orphelins du Monde depuis 2 ans, je suis partie le 15 décembre 2005 à Iasi rendre visite à Annaïg, volontaire en mission depuis le mois de septembre. Ce séjour a été l’occasion de découvrir son travail sur le terrain ainsi que les activités d’un des partenaires d’ODM : la fondation Papadia. Et bien sûr, ce fut également la découverte d’un pays, tout à la fois marqué par un passé communiste difficile, et tendu vers un avenir que les Roumains espèrent plus souriant…Balade à travers les rues de Iasi.
Iasi est une grande ville universitaire du nord-est de la Roumanie. 3ème ville du pays, elle compte 400 000 habitants, dont la plupart vivent dans des immeubles construits à l’ère de Ceausescu. La majorité était des ouvriers venus s’installer dans « la grande ville » afin de travailler dans les usines. Un tour de tramway autour de la ville et l’on découvre ces barres, souvent en piteux état, et ces usines installées à la périphérie. Dans nos yeux d’ « Occidentaux », c’est ce qui choque le plus : cette architecture de béton à l’infini qui subit le poids des ans.
Mais Iasi est aussi une ville de clochers : difficile de dire combien d’édifices religieux anciens jalonnent le paysage, entre églises et monastères. Aujourd’hui ce patrimoine religieux – magnifique – est peu à peu réhabilité. Depuis la chute du communisme, la Roumanie, à l’instar de tous les pays de l’ancien bloc soviétique, est devenue un pays extrêmement pieux. Dans la cathédrale du Métropolite, les croyants affluent pour effleurer les reliques de Sainte Parascheva, et dans les monastères de la ville, nombreux sont-ils à venir se confesser auprès des moines orthodoxes.
Autre fierté des habitants de Iasi (et curieux paradoxe) : les centres commerciaux ultra-modernes, appelés à l’anglo-saxonne « Mall ». Ils regorgent de boutiques et de cafés-restaurants, et sont devenus un vrai lieu de sociabilité, surtout pour les jeunes. Pourtant les boutiques y pratiquent des tarifs très élevés, et l’on peut se demander qui peut se permettre de tels achats.
La disparité de revenus, voilà en définitive ce qui saute aux yeux. Car à côté, des immeubles communistes décrépis, dans des quartiers plus huppés, se construisent d’immenses maisons très alambiquées : signe extérieur de richesse… Là aussi, c’est un constat : à la chute du communisme, certains ont monté des affaires devenues très rapidement florissantes, tandis que d’autres (en particulier les ouvriers) se retrouvaient soudain au chômage et sans revenus.
Une visite avec la Fondation Papadia auprès de deux femmes âgées sans revenus nous permet de découvrir cette réalité de plein fouet : la première, septuagénaire, vient de faire un accident cardio- vasculaire. Elle est paralysée du côté gauche et ne peut plus rien faire seule dans son appartement. Sans l’aide de la fondation Papadia, difficile de savoir comment elle s’en sortirait… le jour où nous lui rendons visite, elle n’a plus d’électricité. Son système électrique vétuste a rendu l’âme et elle se met à pleurer.
La deuxième vieille femme a plus de 90 ans : elle parle avec nostalgie des voyages qu'elle fit en Israël, où était partie s'installer sa sœur. " Sa vie fut plus belle que la mienne ", nous confie-t-elle. Il ne lui reste plus que deux petits-enfants : l'un est aux Etats-Unis et ne lui donne plus de nouvelles, le deuxième vit au Canada et lui rend visite au moins une fois par an.
C'est une autre des réalités marquantes du pays : de très nombreux Roumains ont quitté leur pays pour de nouveaux horizons. Ce qui explique aussi, pourquoi le coût de la vie est élevé par rapport au salaire moyen (environ 150 €). Les devises arrivent par l'intermédiaire des Roumains vivant à l'étranger.
En somme, la Roumanie est en plein processus de développement, avec tous les problèmes que cela peut induire, et doit absolument enrayer la corruption répandue dans les différentes sphères du pouvoir. Dans ce contexte, les Roumains attendent avec beaucoup d’espoir 2007, date prévue d’entrée dans l’Union Européenne.
Mais aujourd’hui, les laissés-pour-compte sont encore nombreux (orphelins, jeunes sans avenir, personnes handicapées, personnes âgées), et c’est pour eux que l’action de la Fondation Papadia, soutenue par Orphelins du Monde et ses volontaires, demeure indispensable.
Elena, présidente de la fondation Papadia, et Annaïg
Par Isabelle LAUMONIER Responsable de communication ODM