Autre fierté des habitants de Iasi (et curieux paradoxe) : les centres commerciaux ultra-modernes, appelés à l’anglo-saxonne « Mall ». Ils regorgent de boutiques et de cafés-restaurants, et sont devenus un vrai lieu de sociabilité, surtout pour les jeunes. Pourtant les boutiques y pratiquent des tarifs très élevés, et l’on peut se demander qui peut se permettre de tels achats.
La disparité de revenus, voilà en définitive ce qui saute aux yeux. Car à côté, des immeubles communistes décrépis, dans des quartiers plus huppés, se construisent d’immenses maisons très alambiquées : signe extérieur de richesse… Là aussi, c’est un constat : à la chute du communisme, certains ont monté des affaires devenues très rapidement florissantes, tandis que d’autres (en particulier les ouvriers) se retrouvaient soudain au chômage et sans revenus.
Une visite avec la Fondation Papadia auprès de deux femmes âgées sans revenus nous permet de découvrir cette réalité de plein fouet : la première, septuagénaire, vient de faire un accident cardio-vasculaire. Elle est paralysée du côté gauche et ne peut plus rien faire seule dans son appartement. Sans l’aide de la fondation Papadia, difficile de savoir comment elle s’en sortirait… le jour où nous lui rendons visite, elle n’a plus d’électricité. Son système électrique vétuste a rendu l’âme et elle se met à pleurer.
La deuxième vieille femme a plus de 90 ans : elle parle avec nostalgie des voyages qu’elle fit en Israël, où était partie s’installer sa sœur. « Sa vie fut plus belle que la mienne », nous confie-t-elle. Il ne lui reste plus que deux petits-enfants : l’un est aux Etats-Unis et ne lui donne plus de nouvelles, le deuxième vit au Canada et lui rend visite au moins une fois par an.
C'est une autre des réalités marquantes du pays : de très nombreux Roumains ont quitté leur pays pour de nouveaux horizons. Ce qui explique aussi, pourquoi le coût de la vie est élevé par rapport au salaire moyen (environ 150 €). Les devises arrivent par l'intermédiaire des Roumains vivant à l'étranger.
En somme, la Roumanie est en plein processus de développement, avec tous les problèmes que cela peut induire, et doit absolument enrayer la corruption répandue dans les différentes sphères du pouvoir. Dans ce contexte, les Roumains attendent avec beaucoup d’espoir 2007, date prévue d’entrée dans l’Union Européenne.
Mais aujourd’hui, les laissés-pour-compte sont encore nombreux (orphelins, jeunes sans avenir, personnes handicapées, personnes âgées), et c’est pour eux que l’action de la Fondation Papadia, soutenue par Orphelins du Monde et ses volontaires, demeure indispensable.