Questions à Annaïg Le Texier
Annaïg Le Texier est volontaire pour Orphelins du Monde auprès de la Fondation Papadia en Roumanie. Voici 8 mois qu’elle travaille avec des handicapés mentaux. Elle a accepté de prendre le temps de répondre à quelques questions et nous envoyer un témoignage.
- Mission Annaïg -
1 - Tu travailles d'habitude avec des enfants déficients intellectuels dans un IME. Est-ce que le travail avec des adultes est identique ?
Les objectifs peuvent être un peu identiques : augmenter la capacité de concentration, la précision des gestes, la qualité de l’expression, élargir le vocabulaire, acquérir des connaissances, se trouver des centres d’intérêts, savoir s’occuper dans ses temps libres, etc. De même, les compétences requise pour l’éducateur sont les mêmes : patience, pédagogie, esprit pratique… Par contre, travailler avec des adultes oblige à se donner d’autres perspectives : ce ne sont pas les premiers apprentissages mais un maintien à niveau des capacités, parfois difficile quand la maladie évolue et quand l’âge avance… Car l’une des spécificités des personnes déficientes est que les acquisitions qu’elles peuvent faire doivent sans cesse être consolidées, renforcées, sinon elles se perdent.
2 - Est-ce que cette expérience en Roumanie t'a fait envisager de travailler en France avec des adultes handicapés ?
Oui, c’est une découverte positive. Même si je trouve parfois ici que le travail avec des adultes est plus routinier et plus calme. Avec les enfants on a pas une minute à soi, c’est plus dynamique mais aussi plus violent, plus déstabilisant parfois.
3 - Est-ce que tu penses avoir acquis de nouvelles compétences dans l'accompagnement et l'aide au développement des personnes handicapées ?
Sans doute, je n’ai pas encore le recul pour le dire… Pour moi cette expérience constitue surtout une découverte du travail avec des personnes adultes et du positionnement de l’éducateur face à ce public, bien différent de celui que je tiens face à des enfants.
4 – Ton travail permet-il un meilleur développement des personnes dont tu t’occupes ?
Sans aucun doute les 3 résidentes ont fait des progrès. Elles ont gagné en assurance personnelle et cela se voit dans beaucoup de domaines.
Elles osent plus exprimer leur opinion, donner leur avis sans se conformer à celui de l’encadrant.
Les sorties en villes ne sont plus source d’angoisse et ce sont maintenant elles qui proposent les idées de destinations.
Elles ont appris à s’occuper un peu mieux lors de leur temps libre. Plutôt que de rester assises à ne rien faire, elles ont commencé à regarder des revues, faire du coloriage, un jeu de société…
Parce que nous avons aussi cherché à adapter certains gestes du quotidien en utilisant du matériel qui permet de faire les choses seul, les femmes ont gagné de l’autonomie. Par exemple, la nouvelle bouilloire électrique leur permet de se faire un thé quand elles le souhaitent, sans devoir dépendre d’un encadrant pour allumer le gaz (geste trop dangereux pour elles). Et pour Doina qui ne parle pas, j’ai préparé des catalogues d’images, qui lui permettent de se faire comprendre sans prononcer le mot.
5 - A Canta, les femmes habitent dans un "appartement protégé". Ce type de structure est assez novateur en Roumanie. Peux-tu expliquer l'intérêt que représente l'appartement protégé par rapport aux structures hospitalières dans lesquelles sont généralement accueillies les personnes handicapées en Roumanie ?
En Roumanie, la plupart des enfants et des adultes handicapés sont pris en charge dans les hôpitaux psychiatriques, de grandes structures où les actions éducatives sont encore peu présentes. Doina, Carmen et Anisoara ont d’ailleurs vécu toutes leur vie en institution avant d’être logées par le Fondation Papadia au sein d’un appartement « ordinaire », situé au rez-de-chaussée d’un immeuble, dans un quartier populaire de Iasi. Au début, il a fallu expliquer aux voisins le projet, les informer pour les rassurer : ces femmes sont déficientes intellectuelles, elles seront encadrées continuellement par des intervenants qui les aideront dans toutes les taches du quotidien, l’objectif étant de leur offrir un mode de vie «normal », de les intégrer à la vie de l’immeuble, du quartier. La cohabitation avec les voisins se passe maintenant très bien : on se salue, on discute un peu dans le couloir. Il y a un grand respect de la part de tous, et certains enfants sont même très attentionnés, font bien attention de se montrer poli, de faire un geste de la main, même quand on les croise plus loin dans la rue. Cette intégration est une réussite, une victoire contre la discrimination. Elle montre que les différences ne sont pas une barrière.
Par contre, la gestion financière d’une structure si petite est compliquée, le budget provenant essentiellement de la pension compensatrice des bénéficiaires, qui est de 45 € par personne et par mois.
Propos recueillis par Isabelle Laumonier