Entretien avec Annaïg Le Texier, volontaire ODM à Iasi en Roumanie en 2005/2006
- Mission Annaïg -
1 - La boucle est bouclée. Te voilà de retour en France. Premières impressions ?
Je suis contente d'être rentrée, d'avoir retrouvé ma famille et commencé les retrouvailles avec mes amis. J'ai l'impression d'avoir fait le tour de ce que je pouvais apporter et recevoir, sur ce poste de volontaire. Pour les femmes handicapées de l'appartement de Canta, par contre, mon départ a été difficile à accepter : elles se sont attachées à moi, je représentais une bouffée d'oxygène dans leur univers fermé, dans leur routine. Pour moi, la séparation est plus facile à gérer, car je me positionne en professionnelle. Elles se sont investies dans cette relation comme dans celle d'une amitié, et ont souffert de me voir partir.
2 - Si c'était à refaire ... tu referais pareil ? tu ne referais pas ? tu referais différemment ?
Si c'était à refaire? Je referais, bien sûr! Car même si j'ai trouvé l'hiver long et froid, même si je me suis heurtée à des divergences d'opinion et de conception du travail éducatif, passer un an loin de son univers reste une aventure à vivre. J'ai beaucoup apprécié de me plonger dans la culture roumaine, de bousculer mes repères pour m'en construire d'autres, d'apprendre le roumain. A la fin, les Roumains eux-mêmes avaient du mal à croire que je n'étais pas une Française d'origine roumaine!!! Ils apprécient beaucoup de voir que des étrangers fassent l'effort d'apprendre leur langue.
Par contre, je regrette de ne pas être partie avec d'autres volontaires. J'aurais aimé pouvoir partager cette expérience, vivre une aventure plus collective... et avoir quelqu'un avec qui partager les coups de cafards et les coups durs!
3 - Est-ce que tu penses que cette expérience t'a "transformée" ? Si oui de quelle manière ?
Je pense qu'il est encore un peu tôt pour que je le sache... Je suis contente d'avoir relevé le défi personnel de quitter mes proches et de me lancer dans une aventure humaine et humanitaire. J'en garderai sûremant de profonde traces, mais je ne sais pas encore lesquelles!!! Je sais déjà que j'ai des souvenirs magnifiques, de rencontres, de paysages... J'ai découvert un pays méconnu des Français, sûrement à tort. Les Roumains sont nos futurs "collègues" dans l'Union Européennee, eux connaissent et estiment beaucoup la France et sont toujours prêts à accueillir des Français et à leur faire découvrir leur pays. Au niveau touristique, il y a des richesses insoupçonnées!!! Je vous invite à aller voir!!!
4 - Penses-tu garder des "liens" avec la Roumanie (des amis, les femmes de Canta, etc...) ?
Bien sûr, je laisse derrière moi des amis que je retournerai voir :
- Les trois femmes handicapées, avec qui j'ai passé tant de temps et que j'ai vu s'épanouir, s'affirmer.
- La bénévole avec qui j'ai partagé mes journées à Canta, qui s'est révélée être une femme extrêmement généreuse.
- Ma collègue psychopédagogue, qui a appris auprès de moi quelques bases de travail éducatif et qui s'applique maintenant à continuer le travail seule.
- Et également, ma colocataire et sa si accueillante famille, des familles qui m'ont hébergée lors de différents week-ends dans des villages isolés, et quelques Françaises rencontrées là-bas avec qui j'ai partagé un peu de cette année d'expatriation...
5 - Quelles sont tes perspectives : tu reprends ton travail à l'IME (institut médico-éducatif) en septembre ? Contente de retrouver le travail avec des enfants ?
J'ai repris mon travail auprès des enfants handicapés mentaux. Avec grand plaisir, car c'est un univers qui me plait, une mission qui me motive. Par contre, avoir découvert le travail auprès de personnes handicapées adultes me donne aussi quelques pistes pour mon avenir professionnel...
Propos recueillis par Isabelle Laumonier